Mathieu Surin, un chercheur visionnaire qui redéfinit l'innovation scientifique

Joëlle Kapompole • 4 septembre 2024

Explorer les frontières de la chimie supramoléculaire et bio-inspirée, c'est embrasser l'avenir des matériaux intelligents. Rencontre avec Mathieu Surin, un chercheur visionnaire qui redéfinit l'innovation scientifique.

Question : Monsieur Surin, nous allons démarrer cette interview par votre parcours et vos inspirations afin de comprendre ce qui vous a attiré vers la chimie, la chimie des matériaux, la chimie supramoléculaire bio-inspirée.


Réponse : J'ai fait mes études de chimie ici à Mons et je me suis intéressé à la chimie des matériaux. Le professeur qui m’a guidé pour mon mémoire, Roberto Lazzaroni, m'a poussé à aller plus loin et à faire une thèse. Ma thèse portait sur la chimie des matériaux organiques. Il s’agissait de travailler sur des matériaux utilisés pour l'électronique et pour l'optique.

Ce sont des matériaux que l'on peut utiliser dans des transistors ou des écrans souples. Par exemple, les écrans OLED ont été développés sur ce type de matériaux organiques. 

Ensuite, j’ai effectué un post-doc à Strasbourg et j'ai commencé à m’intéresser à l’ADN. J’ai expérimenté et découvert les structures des molécules naturelles à l'échelle des atomes et ça m'a fasciné.

À mon retour de Strasbourg, j'ai développé un projet sur les structures bio-inspirées, inspirées du vivant.

J'ai décroché un projet au FNRS que j'ai pu développer, et je suis toujours au FNRS depuis.

En me plongeant dans la chimie bio-inspirée, j’ai constaté un manque de livres de vulgarisation sur cette thématique émergente. Mon objectif est donc de rendre ces notions accessibles à travers mon livre « Matières vivantes - Créer des matériaux bio-inspirés ». 


Q : Pouvez-vous en dire plus sur le parallèle que vous effectuez entre les dessins de Léonard de Vinci et l'architecture moléculaire. Et je voulais savoir à quel moment vous aviez eu l’idée d’établir ce lien ?


R : Durant la période du confinement COVID, je me suis plongé dans l’œuvre de Léonard de Vinci et notamment le Codex Atlanticus, qui est accessible sur Internet. Je me suis mis à feuilleter plus de 1000 pages de croquis. Et là, je me suis dit, tiens, il y a quelque chose qui me rappelle une structure. J’ai fouillé et trouvé notamment une correspondance entre des spirales représentées dans le Codex et des structures biomoléculaires.

C’est incroyable de voir que ce qui a inspiré l'humain dans la nature à l'échelle visible se retrouve à l’échelle microscopique, invisible pour les yeux. Cette nouvelle thématique qui s'inspire du vivant peut donc s’exprimer à toutes les échelles. 

Mon ambition est de rendre l’apprentissage des sciences plus vivant. En particulier la chimie qui a une image très négative auprès des jeunes. Or, la chimie peut réellement créer un environnement meilleur et bénéficier à l'humanité.


Q : En matière de recherches et d’innovations, j'aurais bien aimé savoir quels sont les défis les plus importants auxquels vous faites face dans ce domaine et comment votre équipe a réussi à les surmonter. Pouvez-vous montrer à quel point ces recherches vont permettre de répondre à des problèmes identifiés comme la raréfaction des ressources et donc le fait d'avoir cette volonté d'aller vers des énergies renouvelables ?


R : Il y a évidemment beaucoup de défis sur lesquels il faut travailler.

À ce stade, je privilégie 3 défis : les nouveaux matériaux, l’énergie et la santé.

On peut s'inspirer des structures qui existent dans la nature pour créer des nouveaux matériaux, c'est-à-dire des matériaux qui auront des propriétés qui n'existent pas encore ou ont des propriétés qui peuvent être améliorées.

Dans le livre, je cite un exemple relatif à des recherches sur les fibres de toiles d'araignées qui sont des fibres ultra résistantes, aux propriétés antibactériennes, hydrophobes et biocompatibles. Elles pourraient être utilisées par exemple pour des biomatériaux, par exemple des sutures chirurgicales.

Pour ce qui relève du défi énergétique, l’un des enjeux est de produire de l’énergie sans produire de CO2, qui contribue au réchauffement climatique. Là aussi, l’idée est de s'inspirer des plantes car elles transforment l’énergie solaire tout en consommant le CO2. En s’inspirant des plantes, nous pourrions aboutir à des bioréacteurs, par exemple, qui vont produire de l'énergie chimique qui peut être utilisée dans l'industrie ou pour alimenter des batteries. Il est également possible de produire de l'hydrogène grâce à certaines enzymes.

Enfin, pour le 3ème défi à savoir celui de la santé, il est également possible d’utiliser des structures inspirées du vivant pour une série d’applications, notamment les vaccins. On peut s’inspirer de la structure d’un virus pour le combattre, comme pour le virus de la dengue par exemple.

En ce moment, notre groupe fait des recherches sur l’ADN, avec des applications possibles dans le cas de thérapies contre le cancer. Par exemple, nous étudions

 des ADN thérapeutiques, qui pourraient être administrés comme des médicaments.


Q : En tant qu'enseignant à l’UMONS, j'aimerais vraiment connaître vos astuces pour transmettre la passion de la chimie aux étudiants.


R : Tout d’abord, je leur montre que tout le monde fait de la chimie sans le savoir. Nous sommes des systèmes chimiques extrêmement complexes. Si on descend à l'échelle cellulaire et plus bas à l'échelle moléculaire, on peut comprendre la vie sous de nombreux aspects en utilisant des notions de chimie. Nous sommes tous des produits de la chimie d'une certaine manière puisque nous sommes issus de l’organisation de la matière.

Je donne un cours de chimie bio-inspirée depuis 7 ans à des étudiants de master et j’aime raccrocher les étudiants à quelque chose de concret en lien avec la nature. Ils ont tous une expérience avec la nature, avec la mer, la forêt ou la montagne...

Cette manière vivante d’expliquer les choses, on peut l’utiliser dans l’enseignement secondaire aussi et d’ailleurs, c’est ce que font de plus en plus de professeurs de sciences.


Q : Quel conseil donneriez-vous à des chercheurs qui veulent se lancer dans la recherche sur des matériaux bio-inspirés de biomimétisme ?


R : Mon seul conseil est "Lancez-vous !". L'espace des possibles est tellement vaste,

 il y a tellement d'espèces, de propriétés et de processus à comprendre, chacun y trouvera un intérêt.


Q : En quoi consiste le master en chimie bio-inspirée qui démarre cette rentrée académique à l’UMONS ?


Q : Il s'agit d’un Master EUNICE concocté dans le cadre d’une alliance entre plusieurs universités européennes. Pour ce Master, nous travaillons avec l'université de Catania en Sicile et l'Université Polytechnique de Poznan, en Pologne.

Les étudiants vont pouvoir aller d'un site à l'autre pour effectuer leurs recherches et suivre leurs cours. Une dizaine d'étudiants participeront à ces cours, workshop, ateliers et échanges universitaires.

Au final, nous espérons créer une communauté scientifique européenne autour de la chimie bio-inspirée. 


Q : Que voudriez-vous que les lecteurs et les lectrices retiennent de votre livre ?


R :  Ce que j'aimerais bien que le lecteur retienne, c’est que la chimie ou les sciences en général sont tout-à-fait compatibles avec un développement harmonieux de l'humanité, et avec une contribution positive à l’environnement. En s'inspirant du monde vivant, on est capable de développer des solutions qui sont respectueuses de l'environnement.


Q : Vous évoquez, dans votre livre, l'importance de cultiver son émerveillement au quotidien en se mettant, par exemple, dans les pas de Léonard de Vinci. Et vous ? Comment cultivez-vous cet émerveillement dans un monde aussi chaotique que le nôtre ? 


R : Je m'accorde des plages d’évasion. J’aime me promener seul en forêt et me mettre au diapason avec la nature. J’ai la même sensation en regardant un coucher de soleil. Étant donné nos vies où tout doit aller très vite, où notre horizon est parfois marqué par le béton et la grisaille, il me semble important de trouver des moments où l’on s’apaise dans la nature.


Q : Le mot de la fin ?


R : Je voudrais insister sur le fait que le vivant, c’est aussi de la chimie.

Essayons de la rendre simplement plus harmonieuse avec le développement de l'humain sur Terre, vers quelque chose de plus respectueux de la planète et du vivre ensemble.


Cette interview vous a plu ? Vous voulez en savoir plus sur la vision de Mathieu Surin en matière de nouveaux matériaux utiles à l’humanité ? Procurez-vous son livre « Matières vivantes Créer des matériaux bio-inspirés » via le lien suivant : Matières vivantes


par Catherine Gravet 14 décembre 2025
Catherine GRAVET Université de Mons Chroniques langagières à la belge. Genèse d’un projet éditorial À la Faculté de Traduction et d’Interprétation de l’Université de Mons, l’enseignement de la grammaire occupe une place importante, quelle que soit la langue enseignée. L’enthousiasme des professeur·es se heurte souvent au désintérêt des étudiant·es. Iels ne ménagent pourtant pas leur peine et cent fois sur leur métier iels remettent leur ouvrage ! Comment aborder, par exemple, les questions d’accords grammaticaux ? Comment convaincre de l’importance de s’exprimer clairement ? Quelle position adopter vis-à-vis des normes ? Ces questions sont cruciales à l’heure où l’intelligence artificielle semble avoir réponse à tout. Pourtant, qu’on s’exprime à l’écrit ou à l’oral, qu’on enseigne dans les écoles secondaires ou à l’université, c’est d’un échange entre humains dont il s’agit ! Sous l’égide de l’Institut de recherche Langage, le Service d’Études françaises & francophones (SÉF&F), le Service d’Études nordiques (NORD) et le Service de Traductologie, langue et culture néerlandaises (TraLaNed) organisent, depuis 2019, un « Séminaire sur l’enseignement de la grammaire ». Des chercheurs et des chercheuses, des enseignantes et des enseignants, des praticiens et des praticiennes se rencontrent à Mons pour discuter de questions de grammaire et de son enseignement dans différents contextes. L’objectif des séminaires est d’encourager et de développer des recherches qui mettent en lumière les différentes pratiques d’enseignement de la grammaire dans les classes. Il s’agit aussi de déterminer leurs impacts sur les compétences des étudiant·es, voire du grand public. D’une manière plus générale, les séminaires permettent d’actualiser les connaissances en sciences du langage. Ainsi, en octobre 2019, Évelyne Rosen, maître de conférences à l’Université de Lille et Rémy Porquier, professeur honoraire de l’Université Paris- Nanterre, ont présenté une communication intitulée « Autour/au tour de la grammaire. L’imprévu et l’improvisation – deux défis à relever pour l’enseignant-artisan ». Jan Goes, professeur des universités, Université d’Artois, et Michel Pierrard, professeur émérite à la Vrije universiteit Brussel, s’interrogeaient sur l’importance de la grammaire contrastive dans l’enseignement du français langue étrangère (et donc sur la formation des formateurs). Et en avril 2022, Geneviève Geron et Nancy Verhuslt (Université catholique de Louvain) et Michel Berré (Université de Mons) revenaient sur la question de la grammaire dans les classes de FLE. En octobre 2022, Anne-Catherine Simon (Université catholique de Louvain), Sophie Piron (Université du Québec à Montréal) et Dan Van Raemdonck (Université libre de Bruxelles) se penchaient sur les contraintes de l’écriture d’une grammaire française aujourd’hui et sur ses visées didactiques. Nous avons eu le plaisir d’entendre bien d’autres intervenants et intervenantes comme Anne Abeillé (Université Paris Cité), Carl Vetters (Université du Littoral - Côte d’Opale), Bernard Combettes (Université de Lorraine) ou encore Jean-Claude Beacco (Université de Franche-Comté), Sabina Gola (Université libre de Bruxelles) et Dominique Levet (Académie de Bobigny). Mais le séminaire qui a inspiré le présent volume s’intitulait « “Dans le journal ou sur le journal ? ” Les chroniques langagières dans la presse belge francophone de 1920 à nos jours ». Il a eu lieu le 8 novembre 2023, avec quatre des contributeurs au présent volume, Michel Berré, Élisabeth Castadot, Bénédicte Van Gysel (Université de Mons) et Franz Meier (Université d’Augsbourg). Le sujet des chroniques langagières s’est révélé particulièrement original et peu traité ; deux autres chercheurs, Olivier Odaert (Université de Mons) et Olivier Sauvage (Université deLyon) et une chercheuse, Stéphanie Delneste (Université de Mons) se sont joints aux premiers pour approfondir les réflexions et donner lieu aux six chapitres qu’on découvrira dans ces pages, avec un point de vue commun : ces chroniques qui vulgarisent la grammaire pour le grand public – mais qui s’intéressent aussi aux questions de lexique, d’orthographe, de prononciation, voire de « genre » – sont-elles spécifiquement belges ? Les contributeurs et contributrices ont réussi, du moins on l’espère, à apprécier et faire apprécier la « belgitude » des chroniqueurs – et de la chroniqueuse. Le 4 décembre 2024, dans le cadre des « Conversations » de l’Institut de recherche en sciences du langage de l’Université de Mons, Jean-Marie Klinkenberg, qui a longtemps présidé le Conseil de la langue française et de la politique linguistique de la Belgique francophone, s’interrogeait sur le constat maintes fois répété : « Le français va mal ! » Il s’insurgeait contre les discours catastrophistes et les idées reçues en démontrant que non, les Genèse d’un projet éditorial jeunes ne déforment pas la langue, que oui, le participe passé tend à devenir invariable, que non, le français n’appartient pas à l’Académie française… Il s’est fait une joie de nous donner un texte pour une préface roborative qui ne cède pas aux clichés. Après avoir suivi pas à pas les chroniqueurs belges, d’un siècle à l’autre, du père Deharveng à Anne-Catherine Simon, en passant par Grevisse et Goosse, le point de vue de Jean-Marie Klinkenberg sur les chroniques langagières nous donne l’envie de réfléchir à celles qui paraissent aujourd’hui, non plus dans des quotidiens édités sur papier, mais sur des supports contemporains. Les séminaires montois devraient, à l’avenir, se pencher sur ces blogs et autres chats langagiers sur internet, peut-être plus en phase avec la mentalité des jeunes. Jean-Marie Klinkenberg est de ceux qui croient que les enseignant·es n’ont pas à s’inquiéter : l’intérêt pour la langue française, qui n’est plus guère celle de Molière (encore son évolution est-elle toujours un passionnant sujet d’étude ! ), est loin d’être en veilleuse.

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par Joëlle Kapompole 22 août 2024
Fondateur et ardent défenseur de la philosophie pour enfants, Matthew Lipman est aujourd’hui reconnu comme un pédagogue éminent, dont les idées continuent d’inspirer un grand nombre d’enseignants à travers le monde.