Matthew Lipman : l'oeuvre d'une vie dédiée à la philosophie pour enfants

Joëlle Kapompole • 22 août 2024

Fondateur et ardent défenseur de la philosophie pour enfants, Matthew Lipman est aujourd’hui reconnu comme un pédagogue éminent, dont les idées continuent d’inspirer un grand nombre d’enseignants à travers le monde. 

Les idées novatrices de Lipman explicitées dans "À l’école de la pensée", celles-ci apparaissent sous un autre angle, à la lecture de "Une vie à enseigner la pensée", désormais disponible dans sa traduction française aux Éditions Universitaires de l’UMONS.


Si notre système éducatif fait aujourd’hui l’objet de fréquentes remises en question, force est de constater que ce type de préoccupations n’est pas neuf. Déjà dans les années 50, le philosophe américain Matthew Lipman soulignait les lacunes des méthodes d’enseignement traditionnelles, ne laissant bien souvent que trop peu de place à la pensée créative et à la réflexion cognitive.


Pour rehausser le niveau des élèves, celui-ci proposait alors d’intégrer aux activités d’apprentissage habituelles des ateliers de discussions philosophiques, destinés à encourager les plus jeunes à penser davantage par eux-mêmes. Une idée novatrice, qu’il concrétiserait par la suite à travers une série de romans philosophiques, puis de guides pédagogiques à destination des enseignants. Tandis que "La Découverte de Harry Stottlemeier" permet, sous couvert de fiction, d’initier les enfants à la logique et au débat, "À l’école de la pensée" constitue ainsi une présentation détaillée de sa pensée et de sa méthode, agrémentée de moult conseils destinés à faciliter son application.


Des outils pratiques, qui demeurent encore et toujours d’actualité, et dont les visées apparaissent avec d’autant plus de clarté, lorsqu’on s’intéresse à qui était Matthew Lipman, et aux circonstances qui l’ont conduit à consacrer sa vie et son œuvre à la défense d’une meilleure éducation.


Portrait d’un philosophe et pédagogue passionné


Tout commence à Vineland, dans le New Jersey, le 24 août 1923. Ce jour-là, les Lipman accueillent dans leur foyer un nouveau membre : le petit Matthew. Issu d’une famille juive d’immigrés russes, celui-ci grandit dans un milieu modeste, confronté durant la Grande Dépression à d’importantes difficultés financières. Arrivé à la fin de ses années lycées, il obtient néanmoins une bourse lui permettant d’intégrer l’université de Stanford, où il étudie deux semestres avant de rejoindre l’armée. De retour aux États-Unis après la fin de la Seconde Guerre mondiale, il poursuit sa formation à Columbia, où il étudie la philosophie, puis devient lui-même professeur d’université.


C’est au contact de ses étudiants qu’il fait le constat d’un système éducatif défaillant, et commence dès lors à s’intéresser aux bienfaits de l’apprentissage de la philosophie pour les enfants, qu’il défend tout au long de sa carrière académique à travers ses différents ouvrages. Il meurt en 2010 à l’âge de 87 ans, laissant derrière lui un programme d’étude complet visant à un seul et même but : celui d’aider les enfants à mieux raisonner, pour construire à travers les adultes qu’ils deviendront un monde meilleur, et plus enclin à la réflexion.


Ce texte ajoute une dimension biographique et historique importante à l'article, mettant en lumière la vie et l'œuvre de Matthew Lipman dans le contexte de la philosophie pour enfants.


par Catherine Gravet 14 décembre 2025
Catherine GRAVET Université de Mons Chroniques langagières à la belge. Genèse d’un projet éditorial À la Faculté de Traduction et d’Interprétation de l’Université de Mons, l’enseignement de la grammaire occupe une place importante, quelle que soit la langue enseignée. L’enthousiasme des professeur·es se heurte souvent au désintérêt des étudiant·es. Iels ne ménagent pourtant pas leur peine et cent fois sur leur métier iels remettent leur ouvrage ! Comment aborder, par exemple, les questions d’accords grammaticaux ? Comment convaincre de l’importance de s’exprimer clairement ? Quelle position adopter vis-à-vis des normes ? Ces questions sont cruciales à l’heure où l’intelligence artificielle semble avoir réponse à tout. Pourtant, qu’on s’exprime à l’écrit ou à l’oral, qu’on enseigne dans les écoles secondaires ou à l’université, c’est d’un échange entre humains dont il s’agit ! Sous l’égide de l’Institut de recherche Langage, le Service d’Études françaises & francophones (SÉF&F), le Service d’Études nordiques (NORD) et le Service de Traductologie, langue et culture néerlandaises (TraLaNed) organisent, depuis 2019, un « Séminaire sur l’enseignement de la grammaire ». Des chercheurs et des chercheuses, des enseignantes et des enseignants, des praticiens et des praticiennes se rencontrent à Mons pour discuter de questions de grammaire et de son enseignement dans différents contextes. L’objectif des séminaires est d’encourager et de développer des recherches qui mettent en lumière les différentes pratiques d’enseignement de la grammaire dans les classes. Il s’agit aussi de déterminer leurs impacts sur les compétences des étudiant·es, voire du grand public. D’une manière plus générale, les séminaires permettent d’actualiser les connaissances en sciences du langage. Ainsi, en octobre 2019, Évelyne Rosen, maître de conférences à l’Université de Lille et Rémy Porquier, professeur honoraire de l’Université Paris- Nanterre, ont présenté une communication intitulée « Autour/au tour de la grammaire. L’imprévu et l’improvisation – deux défis à relever pour l’enseignant-artisan ». Jan Goes, professeur des universités, Université d’Artois, et Michel Pierrard, professeur émérite à la Vrije universiteit Brussel, s’interrogeaient sur l’importance de la grammaire contrastive dans l’enseignement du français langue étrangère (et donc sur la formation des formateurs). Et en avril 2022, Geneviève Geron et Nancy Verhuslt (Université catholique de Louvain) et Michel Berré (Université de Mons) revenaient sur la question de la grammaire dans les classes de FLE. En octobre 2022, Anne-Catherine Simon (Université catholique de Louvain), Sophie Piron (Université du Québec à Montréal) et Dan Van Raemdonck (Université libre de Bruxelles) se penchaient sur les contraintes de l’écriture d’une grammaire française aujourd’hui et sur ses visées didactiques. Nous avons eu le plaisir d’entendre bien d’autres intervenants et intervenantes comme Anne Abeillé (Université Paris Cité), Carl Vetters (Université du Littoral - Côte d’Opale), Bernard Combettes (Université de Lorraine) ou encore Jean-Claude Beacco (Université de Franche-Comté), Sabina Gola (Université libre de Bruxelles) et Dominique Levet (Académie de Bobigny). Mais le séminaire qui a inspiré le présent volume s’intitulait « “Dans le journal ou sur le journal ? ” Les chroniques langagières dans la presse belge francophone de 1920 à nos jours ». Il a eu lieu le 8 novembre 2023, avec quatre des contributeurs au présent volume, Michel Berré, Élisabeth Castadot, Bénédicte Van Gysel (Université de Mons) et Franz Meier (Université d’Augsbourg). Le sujet des chroniques langagières s’est révélé particulièrement original et peu traité ; deux autres chercheurs, Olivier Odaert (Université de Mons) et Olivier Sauvage (Université deLyon) et une chercheuse, Stéphanie Delneste (Université de Mons) se sont joints aux premiers pour approfondir les réflexions et donner lieu aux six chapitres qu’on découvrira dans ces pages, avec un point de vue commun : ces chroniques qui vulgarisent la grammaire pour le grand public – mais qui s’intéressent aussi aux questions de lexique, d’orthographe, de prononciation, voire de « genre » – sont-elles spécifiquement belges ? Les contributeurs et contributrices ont réussi, du moins on l’espère, à apprécier et faire apprécier la « belgitude » des chroniqueurs – et de la chroniqueuse. Le 4 décembre 2024, dans le cadre des « Conversations » de l’Institut de recherche en sciences du langage de l’Université de Mons, Jean-Marie Klinkenberg, qui a longtemps présidé le Conseil de la langue française et de la politique linguistique de la Belgique francophone, s’interrogeait sur le constat maintes fois répété : « Le français va mal ! » Il s’insurgeait contre les discours catastrophistes et les idées reçues en démontrant que non, les Genèse d’un projet éditorial jeunes ne déforment pas la langue, que oui, le participe passé tend à devenir invariable, que non, le français n’appartient pas à l’Académie française… Il s’est fait une joie de nous donner un texte pour une préface roborative qui ne cède pas aux clichés. Après avoir suivi pas à pas les chroniqueurs belges, d’un siècle à l’autre, du père Deharveng à Anne-Catherine Simon, en passant par Grevisse et Goosse, le point de vue de Jean-Marie Klinkenberg sur les chroniques langagières nous donne l’envie de réfléchir à celles qui paraissent aujourd’hui, non plus dans des quotidiens édités sur papier, mais sur des supports contemporains. Les séminaires montois devraient, à l’avenir, se pencher sur ces blogs et autres chats langagiers sur internet, peut-être plus en phase avec la mentalité des jeunes. Jean-Marie Klinkenberg est de ceux qui croient que les enseignant·es n’ont pas à s’inquiéter : l’intérêt pour la langue française, qui n’est plus guère celle de Molière (encore son évolution est-elle toujours un passionnant sujet d’étude ! ), est loin d’être en veilleuse.

par Elise Vander Goten 6 septembre 2024
Comment enseigner la philosophie aux enfants sans les perdre et quels sont les bienfaits de cette pratique ? Déjà dans les années 50, l’américain Matthew Lipman se penchait sur la question, à travers le développement d’un modèle pédagogique révolutionnaire, considéré aujourd’hui comme une référence incontournable dans son domaine. Décryptage avec Claudine Leleux, philosophe et professeure à la Haute École Bruxelles-Brabant.
par Joëlle Kapompole 4 septembre 2024
Explorer les frontières de la chimie supramoléculaire et bio-inspirée, c'est embrasser l'avenir des matériaux intelligents. Rencontre avec Mathieu Surin, un chercheur visionnaire qui redéfinit l'innovation scientifique.